INEXISTENCE
[Premier jet]
Petite fée voltigeait autour de ce corps étranger, pourtant plein de vie et de lumière. Ailes étincelantes miroitant devant les yeux de la créature inconnue, chantant et dansant autour de son visage, se mêlant dans la forêt de ses cheveux sombres, mais le profane ne réagissait à aucune de ses attentions. Tant fut son indifférence qu’elle se prit à détenir des pensées troublées, tant fut-elle qu’elle préféra s’écarter que s’évertuer.
Mais ainsi rabaissé à un vulgaire moustique, voir même une simple inexistence, ses yeux se voilaient de larmes. Dans les sillages de sa peau nette et fine s’enchâssaient millièmes de larme en nombre indéfini, perçant l’inexactitude de sa vue pour apercevoir l’inconnue franchir l’arche de la forêt, du royaume, ignorant superbement le regard sanglotant posé sur elle.
Son départ enclencha la pluie, qui se mêla à la sueur des arbres et de leurs feuilles, qui se mêla aux larmes infimes de la damoiselle. Les intempéries s’abattirent sans remords contre son corps gracile, affaiblie par la rudesse de ses sentiments. Cependant, étendant son jugement, la pluie ne s’en déchaussa pas, et continua de déverser sa joie et sa moquerie.
« Est-ce que j’existe? » sanglota le petit être de chair et d’illusion, alors que même les précipitations ignoraient sa présence et ne mouillait sa peau. « Suis-je réelle? » cria cette fois-ci l’éphémère personnage au ciel, la tête levée et les yeux criards.
Rien ne lui répondit, si ce n’était que la douleur que lui prodiguait ce dernier silence. Les insectes la contournaient avec un naturel tant normal qu’irréfutable, l’étrangère aux airs de primate l’avait ignoré si bien qu’il n’était que plus assuré qu’il ne l’avait vue, ni même entraperçu, d’encore moins pressentie. La brouilasse évitait son corps, les rigoles déviaient sur des cailloux sans jamais atteindre ses pieds, même si elle s’y évertua.
Toutefois ses craintes ne pouvaient être fondées, puisque qu’elle-même se sentait et se ressentait, se parlait et était apte à penser. Elle avait la conscience d’être là, au moment présent et passé, dans le monde où elle siégeait, sous une pluie qui ne la touchait jamais. Alors pourquoi ces craintes persistaient t’elle au-delà de sa conscience même ? Une preuve aurait sans doute été suffisante, mais l’avait-elle seulement ?
Rien de vivant et rien de mort ne semblait faire attention à elle… À tel point que…
« Je… n’existe pas. »
Imprécise créature sans existence. Illusoire bête dont personne n'a observé ni défini.
